J’ai décidé de prendre le titre de l’émission A L’IMPROVISTE [Radio France / France Musique] à la lettre, et donc de me prêter librement au dialogue avec un témoin par excellence d’une autre époque dont les sensibilités nous parviennent et nous rejoignent ici et maintenant.

Il s’agit de ce clavecin, qui est le fruit d’une collaboration étrange. En 1780, donc à la veille de la Révolution, le maître facteur de clavecin - parmi les plus célèbres de l’ecole française tardive - Pascal Taskin, reprend dans son atelier parisien un instrument déjà magnifique parce que construit par le fameux maître flamand Andreas Ruckers, en 1646 - donc déjà d’un age respectueux de 134 ans - pour le modifier en l’élargissant conformément au goût et aux critères de l’époque. Le résultat: une sorte de Château de Versailles après les modifications sous l’égide du Roi Soleil.

Les instruments anciens nous parlent ..... si on les laisse parler bien-sûr.

Bien conservés, ce qui est rare, ou restaurés soigneusement, mais même définitivement brisés ou en morceaux, les clavecin anciens ont grandement servi dans notre quête musicale et nos

 

   

    HENDRIK BOUMAN

        À L'IMPROVISTE - Introduction au récital sur le clavecin Ruckers-Taskin 1646, Radio France 2003



_

recherches historiques comme clés ouvrant l’univers sonore d’un passé éloigné. Et quant aux amoureux de la musique ancienne, ne sont-ils pas souvent enchantés et captivés justement par la palette de ces sonorités limpides, pures et fragiles, sombres et clairs à la fois?

Les clavecins anciens nous touchent ..... dès qu’on les touche. Ils donnent au musicien une sensation tactile d’échange; leur son vibre dans tous ses membres et ils invitent tout naturellement les ornements à jaillir directement du bout de nos doigts. Ils nous poursuivent de leurs douces plaintes, et leur richesse nous enveloppe. En bref, ils forment l’évidence de tout un répertoire du passé, et ainsi nous réservent toujours une myriade de nouvelles musiques coulantes de source.

En faisant revivre aujourd’hui la musique baroque dans ses costumes d’époque, c’est aussi elle-même qui nous interpelle. Elle nous fait respirer, rêver, nous soulage du stress quotidien en se rapportant toujours au Sublime et ce, dans les plus grandes œuvres et dans les moindres détails, tout en prenant appui sur l’Ordre naturel et ce, jusque dans l’artifice le plus complexe.

Les musiciens de jadis étaient tous des compositeurs, petits ou grands. Les compositeurs d’autrefois étaient aussi tous, sans exception, des musiciens, ceux-là mêmes qui jouent la musique, qui participent au jeu de la musique. Et combien parmi eux ne se mettaient pas régulièrement au clavier, dans la solitude, en compagnie ou encore, en compétition, en se laissant aller .... à l’improviste?

©Hendrik Bouman